portrait
Camille SAINT SAËNS (Paris 1835-Alger 1921)

Vers la victoire (1918)
Orchestration Désiré DONDEYNE


Camille Saint-Saëns, pianiste et organiste virtuose, infatigable voyageur fut également un patriote convaincu. Dès 1870, il s’engage dans la Garde Nationale pour participer à l’effort de guerre contre la Prusse. En 1914, alors âgé de soixante-neuf ans, il résiste encore à sa manière en composant des mélodies et chansons destinées à soutenir le moral de la population (A la française…), à célébrer l’union des peuples (Marche interalliée), ou encore à encourager les troupes comme ce fut la vocation de cette oeuvre.
Vers la victoire, sous-titrée marche militaire est initialement écrite pour le piano, mais fut rapidement orchestrée par divers chefs de musique militaire de l’époque. Cette transcription est due à la plume de monsieur Désiré Dondeyne.





Sonate pour clarinette et piano op. 167 (1921)

Saint-Saëns aura payé très cher auprès de la postérité le prix d’une triomphale carrière de pianiste (il était aussi un remarquable organiste) et de compositeur longue de plus de soixante-dix ans et indifférente à l’évolution générale de la musique.
Après avoir fait ses débuts comme pianiste sous Louis-Philippe et entamé sa carrière de compositeur à l’aube 'du Second Empire, il mourra, octogénaire, trois ans après la fin du premier conflit mondial. En 1921, quelques mois avant sa mort qui allait survenir à Alger le 16 décembre, Saint-Saëns, âgé de quatre vingt six ans, venait de faire ses adieux de pianiste et de chef d’orchestre sans pour autant lâcher la plume de compositeur. Il entreprit alors, comme Debussy et plus tard encore Francis Poulenc, six sonates mais il mourut, lui aussi, n’ayant pu en achever que trois : celles pour clarinette, hautbois et basson qui seront les derniers opus inscrits à son abondant catalogue (168 numéros) – la flûte, le cor et le trombone n’ayant bénéficié que de pièces brèves. Moins familier malgré tout avec les vents qu’avec le violon et le violoncelle, Saint-Saëns leur adjoignit des parties de piano curieusement dépouillées de la part d’un pianiste. La mieux venue de ces trois sonates est, sans conteste, celle pour clarinette écrite dans un style devenu avec les années plus que jamais passéiste. On retiendra en priorité le Lento où, comme dans sa Troisième symphonie (avec orgue) et dans la scène de la meule de Samson et Dalila, ce parnassien qui déclarait «courir après la chimère de la pureté du style et de la perfection de la forme» laisse échapper, pour une fois, une émotion réelle, communicative même, comme s’il avait eu le pressentiment de sa mort. Cette sonate pour clarinette est dédiée à Auguste Périer, professeur de clarinette au Conservatoire. Sans doute pour n’avoir été entendues qu’en privé chez l’éditeur Jacques Durand, ces Sonates de Saint-Saëns passèrent pratiquement inaperçues et conquirent une audience restreinte alors qu’elles s’inscrivaient dans un nouveau courant de réhabilitation des instruments à vent. Elles étaient, en effet, contemporaines de celles (déjà citées) de Francis Poulenc et, pour nous en tenir à la clarinette, elles devançaient de peu les Deux Sonates op.25 (1923) de Charles Koechlin. A noter que le deuxième tempo de la Sonate pour Clarinette de Saint-Saëns est un scherzo aux allures de gavotte et que le quatrième mouvement se présente comme un badinage ponctué au piano par de piquantes secondes diminuées, clin d’oeil ironique aux « modernes » d’alors. Pour finir, la mélodie de l’Allegretto initial reparaîtra avec nostalgie assurant l’unité de l’ensemble.

Texte de Frédéric ROBERT en collaboration avec Marie-Astrid ARNAL et Thierry BESNARD